

Où que l’on regarde à Lisbonne, il y a des azulejos. Ils sont si intimement liés à l’identité visuelle du Portugal qu’on finit par ne plus les voir, par les prendre pour un simple décor, un arrière-plan. Ils sont pourtant bien davantage : l’une des traditions les plus riches de l’art européen, avec cinq siècles d’histoire derrière elle. Voici cette histoire, et, à la fin, l’un des meilleurs endroits de Lisbonne pour peindre le vôtre.
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Aux origines : l’héritage maure
Le mot azulejo vient de l’arabe al-zulayj, qui désigne une pierre polie ou un petit carreau poli. Un rappel que la tradition est arrivée au Portugal par la longue présence maure dans la péninsule Ibérique. Les premiers carreaux portugais sont géométriques : des entrelacs complexes aux couleurs vives, hérités de l’interdiction islamique de la représentation figurative. Ces azulejos géométriques, visibles au Palácio Nacional de Sintra, gardent une précision mathématique qui reste stupéfiante cinq siècles plus tard. La technique de la faïence stannifère arrive au Portugal depuis l’Espagne à la fin du XVe siècle, quand le roi Manuel I commande des décors semblables à ceux qu’il avait vus à l’Alhambra de Grenade.
XVIe et XVIIe siècles : le Portugal trouve sa voix
Au fil du XVIe siècle, le Portugal passe de l’importation de carreaux espagnols à sa propre production. Les azulejos portugais deviennent de plus en plus figuratifs : des panneaux peints représentant des saints, des batailles, des paysages, des scènes de la vie quotidienne. Le carreau devient une toile. Au XVIIe siècle apparaît le grand azulejo bleu et blanc, inspiré des porcelaines chinoises qui affluent à Lisbonne par les routes commerciales de l’empire portugais. Le bleu sur blanc devient la palette emblématique de l’azulejo, et les panneaux de cette période comptent parmi les plus belles réussites des arts décoratifs européens.
XVIIIe siècle : l’âge d’or
Le XVIIIe siècle est l’âge d’or de l’azulejo. Puis, le 1er novembre 1755, le grand tremblement de terre dévaste Lisbonne. La reconstruction menée par le marquis de Pombal crée une demande énorme. Les azulejos reviennent en force dans la ville rebâtie et recouvrent les façades des nouveaux bâtiments comme jamais auparavant : le carreau extérieur devient architecture, isolation, identité.
XIXe et XXe siècles : des palais aux trottoirs
Le XIXe siècle démocratise l’azulejo. La production industrielle le rend accessible aux classes moyennes, et les façades des immeubles ordinaires de Lisbonne se couvrent de motifs géométriques colorés et de panneaux figuratifs. Au XXe siècle, l’azulejo trouve sa scène la plus inattendue : le métro de Lisbonne, où chaque station devient une galerie d’art contemporain, prolongeant cinq siècles de tradition jusqu’à aujourd’hui.
Où peindre son propre azulejo : POP, à Graça
Dans le quartier de Graça, POP, cave à vins et épicerie fine déjà connue pour ses vins nature et ses produits gourmands portugais, ouvre un atelier d’azulejo dans son arrière-boutique. Contrairement aux ateliers pour touristes de la Baixa et de l’Alfama, POP est dans un vrai quartier, tenu par des gens qui aiment la culture portugaise autant que la qualité de ce qu’ils proposent. Petits groupes, tout se fait à la main, accompagné par des passionnés. On y apprend l’histoire et les techniques, on peint son propre carreau, et on repart avec un morceau de Lisbonne fait de ses mains, le souvenir le plus personnel qu’on puisse rapporter de la ville.
POP, Rua da Senhora do Monte 38C, Graça, Lisbonne. Ouvert tous les jours à partir de 14h.
